Paris to Rishikesh : L’épopée

Je vous annonce une histoire pleine de rebondissements, d’action, de doutes, d’amour et de souffrance. J’ai nommé, 24h de voyage pour rejoindre mon hôtel à Rishikesh en un seul morceau.

Mais commençons par le commencement, mes quelques jours parisiens après le Maroc. Quel plaisir de retrouver ma capitale, son métro propre et calme, ses rues remplies de gens charmants et pas énervés du tout, polis, courtois, son odeur si délicate… Oui bon, une fois à Paris on se rappelle que ce n’est pas elle qui nous manque mais plutôt les gens qui s’y trouvent ! Chaque jour de mon escale était l’occasion de voir des amis, de faire des déjeuners, de prendre des apéros, de vraies vacances dans les vacances. J’ai pu marier ma meilleure amie (petite larme d’émotion) et profiter d’être dans les bras de mon blond préféré chaque jour (ouh-la-la) et c’est les batteries rechargées de joie de vivre que je pars affronter l’inconnu qui m’attend.

Et quel inconnu, moi qui avait imaginé une sorte de paradis du zen… Mais encore une fois, ne mettons pas la charrue avant les boeufs (sacrés ici je vous le rappelle). Nous voilà donc à l’aéroport avec Keyvan, à manger une fois de plus un Mac Do qu’on regrettera dix secondes après, en attendant que j’embarque. Après nos adieux déchirants, un dernier baiser fougueux et tout l’aéroport qui applaudit notre amour (non attend, ça c’est dans Love Actually…), je m’en vais vers mon premier vol, Paris-Koweit City, pour 6h dans les airs. À peine assise, mon voisin engage la conversation, me demandant où je vais etc… En seulement 5 minutes de papotage il me donne plein de conseils pour la suite du voyage, comment prendre un taxi à Delhi, où déjeuner à la gare, il propose même de m’aider quand nous aurons atterri, super gentil.

Pendant ce temps, je remarque que l’avion ne sera pas plein et demande à l’hôtesse, dix secondes après que le voyant “attachez vos ceintures” se soit éteint, si je peux aller m’asseoir sur le joli fauteuil au premier rang avec plein de place pour les jambes et aucun voisin, ni à gauche, ni à droite. “Mais bien sûr mademoiselle”, ni une ni deux je dis au revoir et remercie chaleureusement mon nouveau copain, lui donnant rendez-vous à Delhi et file m’installer confortablement.

Le voyage se déroule tranquillement et nous atterrissons au Koweït à 20h20 à ma montre. Le vol pour Delhi est à 22h25, fermeture de l’embarquement à 22h00. Je suis large. Je descends, fais un petit tour aux toilettes de l’aéroport, me demande où je vais dîner, repère quand même la porte d’embarquement pour pas être trop loin. Il y a déjà plein d’indiens qui attendent patiemment d’embarquer : “ils sont bien en avance” me dis-je. Je salue leur sens de la ponctualité et vais m’installer manger un bout. Mon plateau arrive à ma table à 21h, j’ai une demi-heure pour manger tranquille avant d’embarquer. Je profite d’un peu de wifi, dans l’aérogare résonnent toutes les dix secondes des appels au micro que j’écoute distraitement “last call for the flight number … to …” , mes yeux divaguent un peu et se posent sur une horloge géante qui pend au mur. J’y lis 22h05. Wait… what ? Je regarde ma montre “21h05”. Et je comprends qu’elle décale d’une heure… Que oui, le Koweït ce n’est pas Paris et que ma montre, bien que connectée, n’a pas fait le job et ne s’est pas réglée à l’heure locale … Nouvel appel au micro: “Last call for the flight KU168 to Delhi, last call”. Je me penche pour voir ma porte d’embarquement, plus aucun indien, un dernier homme passe son bagage dans la machine, la sécurité s’apprête à fermer la porte. Aaaaaah! J’attrape tout mon bordel, laisse mon plateau plein sur la table et cours comme le vent sur les 100 mètres qui me séparent de mon vol. L’agent de sécurité me dit de ralentir, que c’est déjà trop tard, c’est fermé. “WHAT ?!, no no no please sir, my watch, look, mistake, please” (yes I speak good english). Dans la détresse la plus totale, je m’excuse et explique que je suis très con et le mec me laisse passer, je file vers le bus qui nous conduit à l’avion. Je suis clairement la dernière des dernières, on est quatre dans la navette, j’ai les larmes au yeux, il faut pas me faire des montées de stress pareil alors que j’ai pas dormi. Oh ! Bon tout va bien je suis dans l’avion, côté hublot et je vais faire une grosse sieste pour me remettre de mes émotions… Je me réveille au moment de l’atterrissage et une fois dehors, je retrouve mon copain comme promis en attendant nos bagages. Tout roule.

Oui enfin, non, ce serait trop beau. Maintenant qu’on a nos bagages, mon copain me propose d’aller retirer de l’argent pour prendre un “prepaid taxi” comme un uber mais pas besoin de l’application, un monsieur commande pour toi à un guichet. Premier ATM, “failure”, deuxième ATM “failure”, troisième ATM (tu as déjà deviné) failure. Hum. Bordel. Heureusement j’ai une seconde carte, mais sur celle-ci je suis bien taxée comme il faut à chaque opération à l’étranger et je suis à – 300 euros (ne me jugez pas, j’ai oublié de me virer des sous dessus) alors j’aimerais bien ne pas m’en servir, surtout que j’ai remis plein de crédit sur la première avant de partir et qu’elle est faite exprès pour le voyage… Bref, la seconde marche, alleluia, je ne sais pas comment j’aurais fait sinon car il n’y a pas de wifi à l’aéroport, je ne suis pas passée loin de paniquer à fond un deuxième fois. L’argent, c’est quand même clairement le nerf de la guerre. Je dis au revoir à mon pote (qui a vraiment été hyper gentil de me montrer tout ça et de me voir galérer avec mes cartes sans perdre patience et me planter là dans ma mouise), merci à toi mystérieux inconnu.

Me voilà donc dans le taxi, il fait chaud chez vous dis donc, 28 degrés au petit matin, j’avais perdu l’habitude. Ça me rappelle les nuits d’été nipponnes, chaudes et humides. Il est 5h30 du matin mais c’est déjà le bordel partout. Je crois que c’est vraiment ce qui résume ma première impression en Inde, c’est le bordel, un bordel constant. J’ai quand même vu des dizaines de gens pieds nus qui font des étirements sur le terre-plein central du périphérique local à 5 du mat. Ça klaxonne dans tous les sens, ça part en contre-sens, ça double à gauche, à droite, ça esquive des piétons suicidaire tous les dix mètres, des vaches qui sont toutes permises et ça se sent. Des mecs ont parqué leurs échoppes de chapati sur la bande d’arrête d’urgence, avec des dizaines de tuk tuk autour d’eux et des singes qui mendient un truc à manger. Il faut vraiment imaginer ici un bruit de klaxon constant. Il y a vraiment énormément de monde.

J’arrive à la gare vers 6h, mon train est à 11h et je dois passer le temps. Je m’installe au restaurant conseillé par mon voisin et commande deux bouteilles d’eau d’un litre, je tombe la première quasi d’une traite. L’avion, ça assèche grave. Et ici tu peux pas vraiment ouvrir un robinet et te laisser aller. Je commande aussi avec le plus grand mal un petit dej. Les gens autour de moi ont l’air de se régaler et je voudrais la même chose mais je ne sais pas comment ça s’appelle. Ils ont retranscrit de l’hindi à l’alphabet latin mais pas traduit en anglais… Je n’ai aucune idée de ce qu’ils proposent, je ne connais que “chapati” . Je finis par pointer un truc du doigt (technique ancestrale) et gagne à la loterie des plats indiens un ragoût de pois chiches pas trop épicé heureusement avec deux espèces de nans frits, hyper bon !

Le petit dej mystère (j’ai trouvé le pain sur google : c’est un Bathura)

Dans ma petite couchette

Je glandouille au resto, je lis, j’écris, et vers 10h je vais voir un peu comment ça se passe pour le train. En haut des escaliers qui mènent à la gare se trouve le panneau d’affichage. Premier problème : aucun train n’est annoncé pour 11h. Ah. Second problème, aucun train ne semble indiquer “Haridwar”. Hm. Est-ce que je suis bien à la bonne gare ? Oui, heureusement, oui. Je regarde alors les numéros de trains. Il y a bien un train 12911, mais il part à 10h55 et n’a pas le même nom que le mien. Mais il y a les lettres HW dans le nom (ça pourrait être Haridwar non ?). Je vais sur le quai et après avoir demandé à quelques personnes, oui c’est bien le train pour Haridwar. Dieu merci. On notera que la SNCF locale change tranquillou les horaires donc, faut être à l’affût. Le train arrive et je trouve ma place avec l’aide d’une gentille dame. 32 upper, la couchette du haut ! Je monte tout mon bordel parce que j’ai lu qu’il valait mieux ne pas s’en éloigner et dors quasiment tout le trajet. On est censé arriver à 16h40, mais cette histoire de train en avance m’a fait flipper, je me dis qu’on pourrait bien arriver en avance aussi, et aucune voix n’annonce les gares qu’on dessert. 

J’explique à mes voisins de couchette où je descends, pour qu’ils m’aident éventuellement et m’installe sur un siège libre près d’une fenêtre pour profiter de la vue et repérer les noms des gares. Bon, sur ce coup là, c’était facile, la prochaine gare était Haridwar et c’était écrit dessus (mais on est quand même arrivés 20 minutes en avance, bon sang). Je balance tous mes sacs sur le quai, et file trouver une solution pour rejoindre mon auberge (qui est encore à 35 kilomètres). D’après mon voisin, ça devrait être assez compliqué, pas de prepaid taxi à la gare, pas de uber, que des taxi de groupe, il faudra donc discuter, négocier, ça ne va pas être une mince affaire.

La campagne indienne depuis le train

 

Un nouveau copain à la gare de Haridwar

Mais en réalité, telle une oasis dans le dessert après ces 23h de trajet, un homme s’avance vers moi pour me proposer un tuk tuk vers Rishikesh, je lui montre l’adresse, il me répond “600 roupies (8 euros). Magnifique. On file une fois encore dans le bordel le plus total, re-klaxon à fond, re-doublage dans tous les sens, re-vache-sur-la-route. Presque une heure de trajet pour arriver à destination. Rishikesh me plaît beaucoup, le Gange coupe la ville en deux, qui se dresse sur deux pans de montagne couverte de jungle. C’est très vert. Mon hôtel est un peu à l’écart de la route, ce qui lui permet d’être plus calme, même si on entend quand même les bruits de la ville.

 

Voilà, une fois arrivé je m’installe enfin. Malheureusement le wifi est en dérangement, mais avec le Maroc, je connais le souci. L’électricité saute une première fois alors que je fais mon check-in puis encore deux fois avant que je me couche. Pourquoi pas. Je suis au lit à 20h, après être allée diner dans un petit resto de quartier en bas de chez moi. Délicieux chapati et ragoût mystère (il faut vraiment que je traduise le nom des plats).

J’ai dormi 15h (bon gros dodo), avec une tentative d’aller à l’Ashram à 5h du matin. Tentative très peu fructueuse. Encore une histoire sympa. Alors que le réveil sonne à 5h, l’hôtel est toujours plongé entièrement dans le noir, visiblement la coupure de courant d’hier soir n’a pas été rétablie… Pas grave, je mets mes chaussures à l’aide de ma lampe torche et file dehors, pour me rendre compte qu’en fait, c’est tout le quartier qui est dans le noir… Heu… Je n’ai même pas repéré le chemin jusqu’à l’ashram hier soir, il n’y a pas une lumière à la ronde, pas une âme qui vive. Je suis pas peureuse mais là, c’est non. En plus, ma maman elle m’a dit de pas me balader seule quand il fait nuit. Je fais donc demi tour, enlève mes chaussures et remonte me coucher pour finir ma nuit. Je ne me lèverai que 6h plus tard, j’avais visiblement besoin de dormir de toute façon.

Vous savez tout de l’aventure ! Cet aprem après une pluie battante, j’ai profité d’une éclaircie pour aller à l’Ashram, réserver mon live-out pass pour trois jours. Demain, éclairage ou pas, je fonce ! Il faut encore que je règle mes histoires de banque, mais sans wifi c’est pas facile. Heureusement, cadeau du ciel, j’apprends que Free m’offre 25 go de connexion en Inde avec mon forfait, magnifique ! Je vais pouvoir gérer tout ça ! Je vous ferai un débriefing après mes premiers jours de yoga, peace.

PS : Je vous laisse admirer les premières photos de Rishikesh

À la queue-le-le

Un aperçu du Gange

La grande avenue en bas de chez moi

En descendant de l’hôtel

Mon petit lit pour les prochains mois

La vue depuis ma chambre (green it is)

Les bords du Gange

Quelque chose se construit, affaire à suivre

Je le disais, les vaches sont partout (une parmi les 35 que j’ai déjà croisées en une journée)

Coucher de soleil sur le Gange

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